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Les fresques perdues du désert

La région et les monuments du Shekhawati

La région du Shekhawati est une fédération de petites principautés autrefois dirigées par les seigneurs Shekhawat. Elle cache dans ses nombreux villages traditionnels un merveilleux ensemble de peintures naïves et colorées dans la quiétude intérieure des havelis, des monuments, des puits et des forts. La majorité des fresques furent exécutées entre 1830 et 1900 pour se poursuivre jusque dans les années 1930.​ Les plus anciennes datent du début des années 1800. 

À l’origine, la région du Shekhawati se trouvait sur une importante route caravanière reliant Delhi et Sind (maintenant au Pakistan) à la côte du Gujarat. L'opium, les épices, les fruits secs, les tissus et bien d’autres denrées transitaient par là. C'est ainsi que pour s'enrichir, les seigneurs du Shekhawati s’attachèrent à faire prospérer ce commerce. Ils furent alors à même de bâtir de vastes demeures ornées de fresques, les havelis.

Cependant, à partir de 1850, la colonisation britannique étouffa peu à peu l’économie de la région. Les caravanes se virent fortement concurrencées par les transports maritimes et ferroviaires. Guidés par leur sens du commerce, les riches négociants migrèrent vers les grands ports de Calcutta et Bombay. Pour autant, ils continuèrent à construire des havelis dans leurs villages d’origine, rivalisant de décorations pour afficher leur réussite sociale aux yeux de leurs concitoyens.

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L'architecture des havelis du Shekhawati

Elle est bien définie. Elle est faite d’avant-cours, de cours, de galeries d’arches cintrées. La disposition intérieure est étroitement liée au mode de vie et aux conceptions familiales de la société d’alors.

Les fresques murales intérieures ont été méticuleusement exécutées par des artisans étrangers à la région. Ils ont utilisé une vaste gamme de couleurs, intenses, souvent rehaussées d’une feuille d’or ou d’argent et décorées de miroirs.

Au début, les thèmes religieux, en particulier les épisodes de la vie de Krishna, sont communs et ornent souvent les linteaux au-dessus des portes principales. Les murs extérieurs sont généralement décorés par les maçons eux-mêmes, utilisant des motifs plus audacieux et des ocres verts, marrons et jaunes, avec parfois un éclair de bleu.

Cependant, après le départ des propriétaires dans les grands ports, voire à l'étranger, les décorations traditionnelles font place aux nouveautés venues d’Europe. Apparaissent alors voitures, aéroplanes, baignoires et autres téléphones et ce, au grand étonnement des villageois. La colonisation, quant à elle, laisse ses traces. Des scènes de tuniques rouges britanniques marchant dans la bataille contre les Moghols, des appareils volants victoriens excentriques, des trains à vapeur et des bourgeoises édouardiennes en gros chapeaux ornent les murs.

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Aujourd'hui, beaucoup de ces peintures murales sont effacées, défigurées, couvertes d'affiches ou même simplement de peinture blanche. Malgré tout, les havelis sont tellement nombreux au Shekhawati et répartis dans des villes si petites que vous ne pourrez manquer de voir l’une de ces œuvres d'art.

Il est impossible ici d'en établir la liste complète. Cependant, les plus beaux se trouvent dans les villages de Nawalgarh, Mandawa, Fatehpur et Ramgarh. Le bijou, à nos yeux, se trouve à Mahensar. Dans sa demeure, un joaillier vendeur d’opium fit aménager une pièce de réception somptueuse entre 1846 et 1850.